Depuis la rentrée, la rue ne parle pas d’une seule voix. Fonctionnaires, lycéens, étudiants, salariés, agriculteurs : leurs revendications diffèrent, mais elles commencent à se rencontrer autour de préoccupations communes comme les salaires, le pouvoir d’achat, les services publics, les conditions de travail, l’emploi, les retraites...
Le mouvement lycéen, parti notamment du manque d’enseignants et de la dégradation des conditions d’étude, touche désormais plus d’un millier d’établissements et s’étend à l’enseignement supérieur, tandis que les syndicats de l’éducation rejoignent la mobilisation.
Il serait cependant encore prématuré de parler de « convergence des luttes ». Les acteurs sont différents, leurs intérêts parfois divergents et chaque mouvement conserve sa logique propre. Mais avant même une convergence des luttes, une convergence des revendications commence à apparaître.
Car derrière des demandes différentes revient souvent le même interlocuteur : l’État.
Les lycéens lui demandent des établissements qui fonctionnent et des enseignants en nombre suffisant. Les fonctionnaires réclament davantage de moyens et une meilleure reconnaissance de leur travail. Les salariés veulent préserver leur pouvoir d’achat.
Mais l’État est‑il encore capable de remplir toutes les missions que la société continue d’attendre de lui ? Au moment même où les exigences augmentent, les marges de manœuvre se resserrent. Le projet de budget pour 2027 prévoit un important effort de redressement des finances publiques, tandis que la charge de la dette progresse fortement. Le prochain pouvoir devra donc arbitrer entre des attentes sociales élevées et des ressources contraintes.
C’est précisément là que pourrait se produire une convergence plus profonde. Non parce que lycéens, fonctionnaires, salariés, agriculteurs ou retraités partageraient soudain la même vision politique, mais parce que leurs revendications semblent renvoyer à une même attente : celle d’un État protecteur auquel on demande toujours davantage, alors que ses contraintes l’obligent à repenser profondément son fonctionnement et ses priorités.
Les candidats à la présidentielle formulent déjà, selon des modalités très différentes, des propositions sur le pouvoir d’achat, les services publics, l’autorité, la souveraineté, la réindustrialisation ou encore la transition écologique. Mais chacune se heurtera tôt ou tard à la même question : avec quelles ressources la mettre en œuvre ?
La présidentielle de 2027 pourrait ainsi déplacer le vieux débat entre « plus » ou « moins » d’État vers une interrogation davantage en prise avec le réel : quelles missions voulons-nous collectivement confier à l’État et quels moyens sommes-nous prêts à lui allouer pour les exercer ?
C’est pourquoi la possibilité d’une convergence des luttes ne doit pas être sous-estimée. Une revendication sectorielle peut recevoir une réponse sectorielle. Mais lorsque l’école, l’université, les services publics, le monde du travail et le monde agricole font remonter simultanément des demandes qui se recoupent, c’est progressivement la hiérarchie même des priorités collectives qui se trouve interrogée.
Nous n’en sommes certes pas encore là. Mais un diagnostic commun commence à se dessiner. C’est précisément là que la rue et l’élection présidentielle pourraient finir par se rencontrer.
Le véritable sujet de 2027 ne sera pas de savoir s’il faut davantage ou moins d’État. Il sera de savoir ce que nous sommes encore en mesure de lui demander, sans provoquer une crise dont nous ne maîtriserions plus les conséquences.


La question reste ouverte
La rue et l’élection présidentielle pourraient‑elles finir par se rencontrer autour d’une même question : que sommes-nous encore en mesure de demander à l’État ?
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