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Le monde qui vient · Intelligence artificielle

Promesse ou menace
de l’IA ?

Ce que la France devra choisir en 2027 : encadrer l’intelligence artificielle, la maîtriser ou accepter de dépendre de technologies qu’elle ne contrôle pas.

L’intelligence artificielle n’est plus une technologie comme une autre : elle transforme déjà le travail, la santé, l’éducation, l’information, la défense et jusqu’au fonctionnement de nos démocraties.

Elle ne ressemble pas non plus aux précédentes grandes révolutions technologiques. L’imprimerie a bouleversé la diffusion du savoir ; la révolution industrielle, les capacités de production ; Internet, la circulation de l’information. L’intelligence artificielle franchit une étape : elle intervient désormais dans les activités intellectuelles elles-mêmes. Elle écrit, traduit, analyse, calcule, programme, crée des images et participe à certains processus de décision.

Nous commençons ainsi à déléguer à la machine des activités que nous pensions spécifiquement humaines. D’où une interrogation encore ouverte : à force d’externaliser certaines opérations intellectuelles, ne risquons-nous pas d’affaiblir les capacités que nous cessons d’exercer ? Certains chercheurs parlent déjà de « dette cognitive » (Nataliya Kosmyna et Pattie Maes, Sylvie Chokron et Laurence Devillers).

Les promesses sont pourtant considérables. L’IA peut accélérer la recherche médicale, contribuer aux diagnostics, personnaliser les apprentissages, automatiser des tâches pénibles et mobiliser en quelques secondes d’immenses quantités de connaissances. Mais elle peut aussi bouleverser l’emploi, fragiliser l’effort intellectuel ou poser de nouvelles questions de responsabilité lorsqu’une décision assistée par une machine se révèle erronée.

L’information constitue peut-être la rupture la plus visible. Textes, images, vidéos et voix peuvent désormais être produits artificiellement avec un réalisme croissant. La frontière entre le vrai, le faux et le plausible devient plus difficile à établir.

La démocratie elle-même est donc concernée : une technologie capable de produire massivement de l’information, d’imiter un visage ou une voix et de personnaliser les messages peut modifier les conditions dans lesquelles se forme le jugement des citoyens.

La défense ouvre des interrogations plus vertigineuses encore. L’IA peut contribuer au renseignement, à l’analyse d’un champ de bataille ou être intégrée à des systèmes d’armement. Jusqu’où accepterons-nous de déléguer à une machine une décision engageant des vies humaines ?

Pour la France, le débat de 2027 dépassera donc largement la seule réglementation des usages. Il touchera à la souveraineté technologique, à l’emploi, à l’école, à la santé, aux services publics, à la défense et à la qualité du débat démocratique.

Derrière tous ces sujets se dessine un choix essentiel : la France veut-elle seulement encadrer l’intelligence artificielle ou se donner également les moyens d’en maîtriser les technologies, les infrastructures et les usages ? Réguler sans capacités propres risque d’accroître notre dépendance ; développer sans réguler pourrait exposer la société à des transformations qu’elle ne maîtrise plus.

Nous savons déjà beaucoup de choses sur ce que l’IA permet. Nous savons beaucoup moins ce qu’elle changera durablement dans notre manière de travailler, d’apprendre, de créer, de nous informer et, finalement, de penser.

Le véritable enjeu de 2027 ne sera donc pas de choisir entre enthousiasme et peur. Il sera de déterminer la place que la France souhaite prendre dans cette révolution qui ne ressemble à aucune autre. Et jusqu’où nous voulons rester maîtres des outils que nous sommes en train de créer.

Benoist PIERRE

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